Le Diable s'habille en Soie

Le Diable s'habille en Soie

By Camille Brézin

romance · 2026-04-23

Ophélie, prisonnière d'un mariage sans amour avec le puissant Nicolas de Chevalier, confronte son mari et lui avoue son absence de désir. Suite à cette confrontation, une invitation inattendue à une réception dans un château de la Loire arrive, poussant Ophélie à accepter. La découverte de photos compromettantes d'elle-même dans le bureau d'Nicolas la plonge dans la terreur.

Chapitre 1

Le Diable s'habille en Soie

Le goût du sang était la seule chose qui la ramenait à la réalité. Une réalité qu'elle détestait, mais qu'elle était condamnée à embrasser. Ses lèvres, gonflées et meurtries, portaient encore le souvenir métallique de la morsure, un sceau d'appartenance qu'elle n'avait jamais consenti.

Ophélie de Chevalier, du haut de ses vingt-trois ans, était un oiseau en cage dorée. La cage était son nom, son héritage, et son geôlier, Nicolas de Chevalier, son mari.

Paris, ville lumière, s'étendait à ses pieds depuis le balcon de leur penthouse, un panorama ironique pour une femme qui ne connaissait que l'obscurité. Les lumières scintillantes de la Tour Eiffel semblaient se moquer de sa captivité, de sa beauté fanée sous le poids d'un mariage sans amour, d'une vie volée par un homme aussi séduisant que cruel.

Nicolas était un titan de la finance, un homme dont la fortune rivalisait avec celle des rois. Il avait tout acheté : le nom, la beauté, la soumission d'Ophélie. Mais il n'avait pas pu acheter son cœur. Un cœur qui, chaque jour, se refermait un peu plus sur lui-même, se transformant en un noyau de glace impénétrable.

Elle se souvenait encore du jour de leur rencontre, lors d'un bal masqué organisé par une amie commune. Ophélie, alors naïve et pleine d'espoir, avait été fascinée par le charisme sombre et mystérieux d'Nicolas. Ses yeux bleu acier avaient promis un amour passionné, une vie de rêve. Au lieu de cela, elle avait trouvé un enfer doré, une prison où chaque luxe était une chaîne, chaque sourire un mensonge.

Leur mariage avait été un conte de fées pour la presse people. Un mariage arrangé, bien sûr, une union de convenance entre deux familles puissantes. Mais aux yeux du monde, ils étaient le couple parfait, l'incarnation du glamour et de la richesse. La vérité, cependant, était bien plus sombre. Nicolas était possessif, jaloux, et son amour, étouffant, se manifestait souvent par des accès de colère froide et des humiliations calculées.

Ophélie inspira profondément, le parfum capiteux des roses de son jardin intérieur emplissant ses poumons. Des roses rouges, la couleur du sang qu'elle avait goûté quelques instants plus tôt. Elle ferma les yeux, essayant de chasser l'image d'Nicolas, son visage anguleux, son sourire carnassier, ses mains qui la serraient trop fort.

Elle entendit des pas derrière elle. Le bruit feutré des chaussures de cuir sur le marbre poli. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était. Nicolas. Son ombre planait sur sa vie comme un vautour au-dessus d'une charogne.

« Tu es magnifique, ma chérie », murmura-t-il à son oreille, sa voix suave et dangereuse comme du velours imbibé de poison. « Mais tu sembles triste. Quelque chose te tracasse ? »

Ophélie se raidit. Elle détestait quand il feignait l'inquiétude. Elle savait que c'était un jeu, une façon de la tester, de voir jusqu'où elle oserait le défier.

« Je vais bien, Nicolas », répondit-elle, sa voix neutre, sans émotion. Elle avait appris à masquer ses sentiments, à construire un mur autour de son cœur pour se protéger de ses assauts.

Il passa son bras autour de sa taille, la serrant contre lui. Elle sentit la pression de sa main sur sa hanche, la chaleur de son corps contre le sien. Elle se força à ne pas reculer, à ne pas montrer son dégoût.

« Tu sais que je ne te crois pas, Ophélie », dit-il, sa voix se faisant plus grave. « Je te connais mieux que tu ne te connais toi-même. »

Elle ne répondit pas. Elle se contenta de fixer l'horizon, les lumières scintillantes de Paris, essayant de trouver un peu de réconfort dans ce spectacle artificiel.

« Qu'est-ce que tu regardes ? », demanda-t-il, son ton devenant plus insistant. « Qui regardes-tu ? »

Elle sentit sa jalousie monter, une vague sombre et menaçante. Elle savait ce qui allait suivre. Les accusations, les interrogatoires, les punitions.

« Personne », répondit-elle enfin, sa voix à peine audible. « Je ne regarde personne. »

Il la força à se retourner, ses doigts serrant son bras. Elle sentit la douleur irradier, mais elle ne laissa rien transparaître sur son visage.

« Regarde-moi, Ophélie », ordonna-t-il. « Regarde-moi et dis-moi que tu ne désires personne d'autre que moi. »

Elle leva les yeux vers lui, ses yeux gris remplis de défi. Elle savait que c'était dangereux, qu'elle jouait avec le feu. Mais elle ne pouvait plus se taire. Elle ne pouvait plus feindre.

« Je ne peux pas », dit-elle, sa voix claire et déterminée. « Je ne te désire pas, Nicolas. Je ne t'ai jamais désiré. »

Un silence glacial s'ensuivit. Nicolas la regarda, ses yeux bleu acier réduits à deux fentes. Elle pouvait voir la colère bouillonner en lui, prête à exploser.

Il lâcha son bras, comme s'il était brûlant. Il recula d'un pas, la dévisageant avec un mélange de rage et de déception.

« Tu vas le regretter, Ophélie », dit-il, sa voix basse et menaçante. « Tu vas amèrement regretter ces mots. »

Il se retourna et s'éloigna, la laissant seule sur le balcon, face à la nuit. Elle sentit un frisson la parcourir, une peur froide et paralysante. Elle savait qu'elle avait franchi une ligne, qu'elle avait osé défier son geôlier. Et elle savait que le prix à payer serait terrible.

Plus tard dans la soirée, alors qu'elle se préparait pour le dîner, une invitation inattendue arriva. Un carton sobre, élégant, portant le sceau d'une famille qu'elle n'avait jamais rencontrée : les Morel. Une réception privée, le lendemain soir, dans leur château de la Loire. Une invitation qu'Nicolas insista pour qu'elle accepte, un sourire étrange sur les lèvres. « Tu as besoin de sortir, Ophélie. De voir du monde. Cela te fera du bien. »

Elle sentit un mauvais pressentiment l'envahir. Pourquoi cette invitation soudaine ? Pourquoi Nicolas insistait-il autant pour qu'elle y aille ? Elle sentait qu'elle était un pion dans un jeu dangereux, un jeu dont elle ne connaissait pas les règles. Et elle avait peur. Très peur. Ce soir-là, Ophélie entendit des bruits dans le bureau d’Nicolas, des voix étouffées et des rires graves. Elle se leva du lit et approcha sa main de la poignée de la porte. Elle hésita, puis l’ouvrit doucement. Ce qu’elle vit la glaça d’effroi. Nicolas était assis à son bureau, entouré de deux hommes qu’elle n’avait jamais vus auparavant. Ils étaient en train de regarder des photos, des photos d’elle. Des photos volées, prises à son insu. Des photos qui la montraient sous un jour compromettant. Des photos qu’elle n’avait jamais voulu que personne ne voie.

Elle referma la porte en douceur, le cœur battant la chamade. Elle recula jusqu’à son lit et s’y laissa tomber, terrifiée. Que se passait-il ? Pourquoi Nicolas faisait-il cela ? Elle avait l’impression d’être au bord d’un précipice, prête à tomber dans un abîme sans fond.

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