
Le Prix du Silence
By Léa Pelletier
romance · 2026-04-23
Elise, brisée par Édouard trois ans plus tôt, revient à Paris pour se venger. Elle le confronte dans un restaurant de luxe, mais il s'enfuit après un appel téléphonique, évoquant un dossier compromettant. Elise découvre une adresse griffonnée, « 12, rue des Rosiers », et décide de s'y rendre avec Juliette, pressentant que c'est la clé de sa vengeance.
Chapitre 1
Le Prix du Silence
Le goût du sang était la seule chose qu'Elise pouvait sentir. Métallique, envahissant, il lui rappelait la trahison. Il y a trois ans, jour pour jour, Édouard l'avait laissée, brisée, au pied de l'autel de l'église Saint-Germain-des-Prés, devant toute la haute société parisienne. Aujourd'hui, elle était revenue, plus forte, plus déterminée, et prête à lui faire payer chaque larme versée. Paris, la ville de l'amour, allait devenir le théâtre de sa vengeance.
Elise contempla son reflet dans le miroir de la suite présidentielle de l'hôtel Plaza Athénée. Sa robe rouge Valentino, simple mais sophistiquée, moulait sa silhouette avec une élégance froide. Ses cheveux, autrefois châtains clairs et insouciants, étaient désormais d'un noir profond, coupés au carré, encadrant un visage où la naïveté avait laissé place à une détermination implacable. Ses yeux, couleur de ciel d'orage, brillaient d'une lueur sombre. Elle n'était plus la jeune femme fragile qu'Édouard avait méprisée. Elle était devenue une arme. Une arme qu'il avait lui-même forgée.
Elle se souvint du jour où elle avait rencontré Édouard de Ferrand. Elle travaillait comme assistante dans une petite galerie d'art du Marais, lui, héritier d'une des plus grandes fortunes de France, collectionneur passionné. Il l'avait séduite avec sa beauté ténébreuse, son charme désinvolte, ses promesses de bonheur éternel. Elle avait cru à son amour, elle avait rêvé d'une vie à ses côtés, elle s'était abandonnée à lui corps et âme. Quelle idiote elle avait été !
La sonnerie de son téléphone la sortit de ses pensées amères. C'était Juliette, son amie et complice, son bras droit dans cette entreprise de vengeance. « Il est arrivé, Elise. Il est dans le salon privé du restaurant L'Ambroisie. »
« Parfait, répondit Elise d'une voix glaciale. J'arrive. »
Elle prit son sac à main, un petit bijou serti de diamants, et sortit de la suite. En traversant le hall de l'hôtel, elle croisa son regard dans un miroir. Elle se força à sourire. Un sourire cruel, dépourvu de toute chaleur. Le masque était en place.
Le restaurant L'Ambroisie, place des Vosges, était un sanctuaire de la gastronomie française, un lieu où les plus grands noms de la politique et des affaires se retrouvaient pour conclure des marchés et célébrer leurs succès. Elise connaissait bien l'endroit. Elle y avait passé de nombreuses soirées avec Édouard, avant que leur monde ne s'écroule.
Elle se présenta à l'entrée et fut immédiatement conduite au salon privé. En franchissant le seuil, elle sentit son cœur s'emballer. Édouard était là, assis à une table, en train de rire avec un homme qu'elle ne connaissait pas. Il était encore plus beau qu'elle ne se souvenait. Ses cheveux noirs, impeccablement coiffés, encadraient un visage aux traits parfaits. Ses yeux bleus, autrefois remplis de tendresse à son égard, étaient désormais froids et distants.
Il portait un costume sombre, taillé sur mesure, qui soulignait sa carrure athlétique. Il avait l'air sûr de lui, arrogant, inaccessible. Comme si rien ne pouvait l'atteindre. Elle allait lui prouver le contraire.
Il remarqua sa présence et son sourire s'effaça. Il la fixa, stupéfait, incapable de prononcer un mot. Elle s'avança vers lui, lentement, savourant son trouble. Elle prit une chaise et s'assit en face de lui, ignorant son compagnon.
« Bonsoir, Édouard, dit-elle d'une voix douce, presque mielleuse. Ça fait longtemps, n'est-ce pas ? »
Il finit par retrouver sa voix, mais son ton était hésitant, presque suppliant. « Elise… Qu'est-ce que tu fais ici ? »
Elle sourit, un sourire qui ne promettait rien de bon. « Je suis venue te rendre visite, mon amour. J'avais quelques petites choses à régler avec toi. »
L'homme qui accompagnait Édouard toussa discrètement, visiblement mal à l'aise. « Édouard, je crois que je vais vous laisser. Nous pourrons reprendre notre conversation plus tard. »
Édouard acquiesça d'un signe de tête, sans quitter Elise des yeux. L'homme se leva et quitta le salon, les laissant seuls. Un silence pesant s'installa entre eux. Un silence chargé de souvenirs, de regrets, et de haine.
Elise prit une coupe de champagne sur la table et la porta à ses lèvres. Elle but une gorgée, savourant le goût pétillant du vin. « Alors, Édouard, comment vas-tu ? Marié, heureux, comblé ? »
Il déglutit difficilement. « Elise, je… Je ne sais pas quoi te dire. Ce qui s'est passé… Je le regrette amèrement. »
Elle éclata de rire, un rire froid et sarcastique. « Tu le regrettes ? Vraiment ? Tu crois qu'un simple regret suffit à effacer la douleur que tu m'as infligée ? La honte que j'ai ressentie ? La vie que tu m'as volée ? »
Il baissa les yeux, incapable de soutenir son regard. « Je sais que je t'ai fait souffrir, Elise. Mais j'avais mes raisons. »
« Tes raisons ? Ah oui, dis-moi, quelles étaient-elles ? Tu as réalisé que j'étais trop insignifiante pour toi ? Trop pauvre ? Trop… simple ? »
Il leva la tête, le regard rempli de désespoir. « Non, ce n'était pas ça, Elise. Tu te trompes. »
Elle se pencha en avant, le visage à quelques centimètres du sien. « Alors dis-moi, Édouard. Dis-moi pourquoi tu m'as abandonnée. Dis-moi pourquoi tu as détruit ma vie. »
Il hésita un instant, puis il prit une profonde inspiration. « La vérité, Elise, c'est que… »
Soudain, son téléphone sonna. Il le sortit de sa poche et regarda l'écran. Son visage se crispa. Il se leva brusquement. « Excuse-moi, Elise. Je dois répondre. C'est important. »
Il s'éloigna de la table et sortit du salon, la laissant seule, le cœur battant la chamade. Elise sentit la colère l'envahir. Elle serra les poings, déterminée à ne pas le laisser s'échapper. Elle savait qu'il était sur le point de lui révéler quelque chose de crucial, quelque chose qui pourrait enfin lui donner les clés de sa vengeance.
Elle attendit quelques minutes, mais Édouard ne revint pas. Elle se leva et sortit du salon, déterminée à le retrouver. Elle traversa le restaurant, scrutant chaque table, chaque recoin. Mais il avait disparu. Comme volatilisé.
Soudain, elle sentit une main se poser sur son épaule. Elle se retourna et découvrit Juliette, le visage grave. « Elise, il y a un problème. Édouard a quitté le restaurant en trombe. Il a l'air paniqué. »
« Quoi ? Où est-il allé ? » demanda Elise, le cœur battant à tout rompre.
« Je ne sais pas, répondit Juliette. Mais j'ai entendu sa conversation au téléphone. Il parlait de… d'un certain dossier. Un dossier qui pourrait le ruiner. Il disait qu'il devait absolument le récupérer avant qu'il ne tombe entre de mauvaises mains. »
Elise sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres. Un sourire froid,calculateur. « Un dossier, dis-tu ? Un dossier qui pourrait le ruiner ? Intéressant. Très intéressant. »
Elle se tourna vers Juliette, le regard brillant d'une détermination nouvelle. « Juliette, je crois que notre vengeance ne fait que commencer. Et je crois qu'Édouard vient de nous donner une nouvelle piste à suivre. »
Soudain, Juliette pointa du doigt une petite carte blanche tombée à terre, près de la table où était assis Édouard. « Regarde, Elise. Qu'est-ce que c'est ? »
Elise ramassa la carte. Dessus, une adresse, griffonnée à la hâte : « 12, rue des Rosiers, Paris ». Et en dessous, un seul mot : « Urgent ».
Elise sentit un frisson la parcourir. Elle serra la carte dans sa main, le regard fixé sur l'adresse. Elle savait, au plus profond d'elle-même, que c'était là que se trouvait la clé de sa vengeance. Mais elle savait aussi que le chemin serait semé d'embûches, et que le prix à payer pourrait être très élevé. Elle était prête à tout affronter. Elle n'avait plus rien à perdre. Sauf peut-être… son âme.
« Juliette, dit-elle d'une voix déterminée. Nous partons rue des Rosiers. Maintenant. »