
Le Goût Amer des Diamants
By Camille Brézin
romance · 2026-04-23
Romane, fiancée à Maximilien de Gervais, un homme puissant et froid, est piégée dans un mariage arrangé pour effacer les dettes de son père. Lors d'un dîner de fiançailles somptueux à Monaco, elle reçoit des messages mystérieux l'avertissant du danger, et elle sent que sa vie est menacée. La situation dégénère lorsqu'une femme s'effondre soudainement, et Romane reçoit un message disant qu'elle est la prochaine sur la liste.
Chapitre 1
Le Goût Amer des Diamants
Le champagne avait le goût de cendres sur ma langue. Non pas à cause du breuvage lui-même – un millésime rare, versé avec un soin religieux par un serveur muet – mais à cause du regard que me portait Maximilien. Un regard qui promettait le paradis et l'enfer, le tout en même temps.
J'ai rajusté mon collier de diamants, une rivière glaciale contre ma peau. Des diamants, la seule chose que mon futur époux semblait comprendre. La seule langue qu'il parlait avec aisance. Des diamants, et le pouvoir qu'ils représentaient. C'est pour ça qu'il m'épousait, après tout. Pas par amour. L'amour était un concept ridicule dans ce monde de requins, un luxe que personne ne pouvait se permettre.
« Tu es magnifique, Romane, » murmura Maximilien, sa voix rauque à mon oreille. Son souffle chaud fit frissonner la nuque, et je retins un frisson de dégoût. Il savait exactement l'effet qu'il avait sur moi. Ou plutôt, l'effet qu'il pensait avoir. Il ne voyait que la façade, la poupée de porcelaine que j'avais appris à incarner à la perfection.
Nous étions dans le salon privé du restaurant le plus exclusif de Monaco, une forteresse de luxe dominant la mer Méditerranée. Les murs étaient tendus de soie couleur crème, et un lustre de cristal gigantesque scintillait au-dessus de nos têtes, projetant des reflets prismatiques sur la table où s'amoncelaient les amuse-bouches plus opulents les uns que les autres. Des huîtres perlières, du caviar béluga, des macarons aux couleurs vives. Un festin pour les yeux, un supplice pour l'âme.
« Merci, Maximilien, » répondis-je, ma voix égale et dépourvue de toute émotion. J'avais appris à contrôler mes sentiments, à les enfermer au plus profond de moi-même, là où personne ne pourrait les atteindre. C'était une question de survie.
Il prit ma main et la baisa, ses lèvres sèches et froides. Je sentis sa bague, une chevalière massive ornée d'un blason familial, me meurtrir les doigts. Une autre promesse de cage dorée, de servitude déguisée en amour.
« Dans quelques semaines, tu seras mienne, pour toujours. » Ses yeux gris acier me fixaient intensément, comme si j'étais un trophée qu'il avait enfin réussi à conquérir. Et, d'une certaine manière, c'était le cas. J'étais un pion dans son jeu, un atout précieux qu'il comptait bien utiliser à son avantage.
Je souris, un sourire glacé qui ne touchait pas mes yeux. « J'ai hâte, » mentis-je.
La vérité était que j'avais peur. Une peur viscérale, paralysante, qui me rongeait de l'intérieur. Épouser Maximilien de Gervais, c'était vendre mon âme au diable. C'était renoncer à toute liberté, à tout espoir de bonheur. Mais je n'avais pas le choix. Mon père avait contracté des dettes abyssales auprès de lui, des dettes qu'il ne pouvait pas rembourser. Et j'étais le prix à payer.
Je repensai à maman. Maman aimait les roses blanches. Elle disait qu'elles symbolisaient l'innocence, la pureté. Elle en mettait toujours dans le vase du salon. Après sa mort, papa a remplacé les roses par des tableaux de maître. Des placements financiers, disait-il. La fleuraison a fait place aux chiffres.
Une ombre passa sur le visage de Maximilien. « Qu'est-ce qui ne va pas, Romane? Tu es pensive. »
Je secouai la tête. « Rien. Je suis juste un peu fatiguée. Les préparatifs du mariage sont épuisants. »
Il acquiesça, mais je sentais qu'il ne me croyait pas. Maximilien était un homme perspicace, habitué à déceler le mensonge dans les yeux des autres. C'était l'une des raisons pour lesquelles il était si redoutable. Et l'une des raisons pour lesquelles j'avais si peur de lui.
Le serveur revint avec une bouteille de vin rouge, un Château Margaux d'une année exceptionnelle. Maximilien le fit décanter avec soin, puis versa deux verres. L'arôme puissant du vin emplit l'air, un parfum de fruits rouges et d'épices qui me rappela mon enfance, les vendanges dans le vignoble de mon grand-père.
« À notre avenir, » dit Maximilien, levant son verre. Ses yeux brillaient d'une lueur étrange, une lueur de possession et de triomphe.
Je portai le verre à mes lèvres et pris une gorgée. Le vin était riche et velouté, mais il ne parvint pas à chasser le goût amer des diamants.
Soudain, mon téléphone vibra dans mon sac à main. Je l'attrapai discrètement et jetai un coup d'œil à l'écran. Un message de numéro inconnu. *« Ne l'épouse pas. »* Mon cœur rata un battement. Qui avait envoyé ce message? Et comment savait-il ce que je m'apprêtais à faire?
Je levai les yeux vers Maximilien, qui me regardait avec une expression indéchiffrable. Un sourire froid étirait ses lèvres. Il savait. Il savait que quelque chose se passait. Et je savais que j'étais en danger.
« Tout va bien, Romane ? » demanda-t-il, sa voix dangereusement douce.
Je ravalai ma salive et tentai de sourire. « Parfaitement. »
Mais au fond de moi, une voix hurlait. Une voix qui me disait de fuir, de courir aussi vite et aussi loin que possible. Avant qu'il ne soit trop tard. Parce que j'avais le sentiment que ma vie était sur le point de basculer, de sombrer dans un abîme de ténèbres dont je ne pourrais jamais revenir.
Le serveur s'approcha de nouveau, cette fois-ci avec une assiette recouverte d'un cloche. Maximilien fit un geste et il souleva le couvercle. Sur un lit de glace pilée, une bague scintillait. Un diamant énorme, d'une pureté exceptionnelle, monté sur un anneau de platine.
« Pour toi, ma chérie. Un avant-goût de ce qui t'attend. »
Je restai figée, incapable de parler, incapable de bouger. La bague brillait d'une lumière cruelle, comme un phare dans la nuit. Un phare qui me guidait droit vers ma perte. Je sentais les larmes me monter aux yeux, mais je les retins. Je ne lui donnerais pas cette satisfaction. Je ne lui montrerais pas ma faiblesse.
« Il est magnifique, » réussis-je à articuler, ma voix tremblante.
Maximilien prit la bague et la glissa à mon doigt. Elle était parfaitement ajustée, comme si elle avait été faite pour moi. Une prison de diamants, scellant mon destin. Je savais, à cet instant précis, que ma vie ne m'appartenait plus. Elle appartenait à Maximilien de Gervais. Et il comptait bien en faire un enfer.
Il se pencha vers moi et murmura à mon oreille, sa voix rauque et menaçante. « Maintenant, tu es vraiment à moi. »
Et au même instant, la lumière s’éteignit. Pas l’électricité, non. La lumière dans ses yeux. Le Maximilien séducteur, galant, disparut. Il restait un prédateur. Un loup aux aguets. Et ce loup, il allait me dévorer.
Soudain, un cri strident déchira le silence. Une femme s'était effondrée à quelques tables de nous, se tordant de douleur. Des murmures paniqués se propagèrent dans la salle. Maximilien se redressa, son visage impassible. « Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-il au serveur, qui accourut précipitamment.
Le serveur, pâle comme un linge, lui chuchota quelques mots à l'oreille. Le visage de Maximilien se crispa. « Emmenez-la, » ordonna-t-il sèchement. « Et faites en sorte que cela ne se reproduise plus. »
Deux hommes en costume noir empoignèrent la femme et l'emmenèrent de force, malgré ses protestations. La salle se tut, figée par la peur. Je sentais le regard de Maximilien peser sur moi, intense et scrutateur.
« Un simple malaise, » dit-il, sa voix calme et rassurante. « Rien d'inquiétant. »
Mais je savais que c'était un mensonge. Quelque chose de terrible venait de se produire. Et j'avais le sentiment que j'étais au centre de tout cela. Soudain, mon téléphone vibra de nouveau. Un autre message du même numéro inconnu. *« Elle en sait trop. Tu es la prochaine. »*
Je suffoquais. Maximilien vit mon trouble. Ses yeux, tels des éclats de glace, me transpercèrent.
« Romane… » commença-t-il, d'une voix chargée de menace. « Qui t'envoie ces messages ? »
Je ne pus répondre. La peur m'avait paralysée. Je savais que si je lui disais la vérité, ma vie serait en danger. Mais si je lui mentais… je ne voulais pas imaginer les conséquences.
Je me suis levée brusquement, renversant mon verre de vin rouge sur la table. Le liquide écarlate se répandit sur la nappe blanche, comme du sang.
« Je… je dois partir, » balbutiai-je. « Je ne me sens pas bien. »
Maximilien se leva à son tour, sa silhouette imposante bloquant mon chemin. « Tu ne vas nulle part, Romane. »
Ses mains se refermèrent sur mes bras, me retenant prisonnière. Ses doigts me broyaient les os. Je le regardai, terrifiée. Je voyais la folie dans ses yeux. La noirceur. Et je savais que j'étais piégée. Que j'allais mourir.
Alors qu'il serrait davantage mon bras, je sentis quelque chose se glisser dans ma poche. Quelque chose de froid et de métallique. Une clé ? Mais une clé de quoi ? Je baissai les yeux et, à cet instant, la porte du salon s'ouvrit avec fracas.