Le Masque de Porcelaine

Le Masque de Porcelaine

By Juliette Aubin

romance · 2026-04-23

Chloé, vivant dans une cage dorée à Nice sous le joug de son père, Émilien Deschamps, est confrontée à la violence et la corruption lors d'une réception. Son père lui ordonne de torturer un traître, la mettant à l'épreuve. Au moment crucial, la police arrive, semant le chaos et laissant Chloé dans une situation désespérée.

Chapitre 1

L'Étreinte des Ombres

Le goût du sang, amer et métallique, persistait sur mes lèvres, un souvenir indélébile de la soirée. Pas le mien, bien sûr. Jamais le mien.

J’ai vingt-trois ans, et depuis aussi longtemps que je me souvienne, ma vie est une chorégraphie complexe, une danse macabre menée au rythme des caprices de mon père. Émilien Deschamps. Un nom qui ouvre des portes, un nom qui fait trembler. Un nom synonyme de pouvoir, de richesse, et, plus secrètement, de terreur.

Nous vivons à Nice, dans une villa surplombant la Méditerranée. Une cage dorée, disons-le. Les murs sont ornés de tableaux de maîtres, les jardins regorgent de fleurs rares, et le personnel est plus nombreux que les jours de l'année. Mais tout cela n’est qu’une façade. Derrière le luxe ostentatoire se cache une réalité bien plus sombre.

Ce soir-là, comme tant d'autres, mon père avait organisé une réception. Des hommes d'affaires influents, des politiciens corrompus, des personnalités du monde du spectacle avides de reconnaissance. Tous venus lécher les bottes du grand Émilien Deschamps. Et moi, je devais être la parfaite petite fille, souriante et docile, prête à répondre à leurs questions banales sur mes études, mes passions, mes aspirations. Des questions qui sonnaient faux, comme des pièces de monnaie contrefaites.

J'étudiais l'histoire de l'art à l'université, une échappatoire, un refuge dans un monde de beauté et d'harmonie, loin de la laideur et de la brutalité qui régnaient dans ma propre vie. Mais même cette passion était teintée d'amertume. Mon père ne voyait en mes études qu'un moyen de parfaire mon éducation, de me rendre plus présentable aux yeux de son cercle d'influence.

La soirée se déroulait selon un scénario bien rodé. Les invités arrivaient, les cocktails coulaient à flots, les conversations futiles se croisaient et s'entrecroisaient. Mon père, au centre de l'attention, distribuait sourires et poignées de main, son regard froid et calculateur dissimulé derrière un masque de bonhomie. Je le connaissais trop bien pour être dupe.

Soudain, son regard croisa le mien. Un imperceptible hochement de tête. Le signal. Je savais ce que cela signifiait. Je devais rejoindre mon père dans son bureau. Un lieu interdit à tous, sauf à lui et à moi. Un lieu où se prenaient les décisions qui changeaient des vies, où se tramaient les complots, où se réglaient les comptes.

Mon cœur se mit à battre plus vite. La peur, une vieille compagne, me serrait la gorge. Je pris une profonde inspiration et me dirigeai vers le bureau, le sourire figé sur mes lèvres. Je croisais des regards curieux, interrogateurs. Je feignais l'indifférence, mais à l'intérieur, j'étais en mille morceaux.

Devant la porte du bureau, je m'arrêtai un instant. J'entendis des voix étouffées, des murmures menaçants. J'hésitai. Devais-je frapper ? Devais-je faire demi-tour ? Mais je savais que c'était impossible. Désobéir à mon père était impensable. Les conséquences seraient terribles.

Je pris mon courage à deux mains et frappai à la porte. Un silence pesant suivit. Puis, une voix grave, autoritaire, résonna : « Entrez. »

La pièce était plongée dans une semi-obscurité. Seule une lampe de bureau diffusait une lumière jaunâtre, éclairant le visage de mon père. Il était assis derrière son bureau, massif et imposant, comme un roi sur son trône. Face à lui, un homme était agenouillé, le visage tuméfié, les mains liées derrière le dos. Du sang coulait de sa bouche. Ses yeux étaient remplis de terreur.

Mon père me fit un signe de la main. « Chloé, ma fille. Je te présente… un imbécile qui a cru pouvoir me trahir. »

Je restai interdite, incapable de prononcer un mot. J'avais déjà vu des choses terribles dans ce bureau, mais jamais une scène aussi violente. Mon père avait toujours pris soin de me préserver, du moins en apparence. Pourquoi me montrer cela maintenant ?

L'homme agenouillé me regarda, ses yeux implorant de l'aide. Je détournai le regard, incapable de supporter sa souffrance. Je savais que je ne pouvais rien faire pour lui. Mon père avait décidé de son sort. Et je n'avais pas le pouvoir de l'empêcher.

« Chloé, dit mon père d'une voix douce et mielleuse, j'ai une petite faveur à te demander. » Il se leva de son bureau et s'approcha de moi. Il me prit le menton entre ses doigts et me força à le regarder dans les yeux. « J'aimerais que tu t'occupes de lui. »

Je sentis un frisson me parcourir l'échine. « De quoi… de quoi voulez-vous parler, père ? »

Il sourit, un sourire froid et cruel. « Tu sais très bien de quoi je parle, ma chérie. J'ai besoin d'une preuve de ta loyauté. » Il me tendit un couteau, la lame étincelante sous la lumière de la lampe. « Fais-moi plaisir, Chloé. Montre-moi que tu es digne de moi. »

Mes mains tremblaient. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas faire ça. Mais je savais que je n'avais pas le choix. Si je refusais, je serais la prochaine à être agenouillée devant mon père, implorant sa pitié. Et je ne voulais pas ça. Je ne voulais pas finir comme cet homme, réduit à un tas de chair sanglante et humiliée.

Je pris le couteau. La lame était froide et lisse contre ma peau. Je fermai les yeux. Je pris une profonde inspiration. Et puis, je l'ouvris.

« Très bien, père, dis-je d'une voix tremblante. Je vais le faire. »

Son sourire s'élargit. « Parfait. Je savais que je pouvais compter sur toi. » Il recula et me laissa seule avec ma victime.

L'homme agenouillé me regardait avec une terreur indescriptible. Il savait ce qui l'attendait. Il savait que sa vie était entre mes mains. Et il savait que je n'allais pas le laisser s'en sortir.

Je levai le couteau. La lame scintillait dans la lumière. J'étais prête à frapper. Mais au dernier moment, je m'arrêtai. Quelque chose en moi résistait. Une petite voix, enfouie au plus profond de mon être, me hurlait de ne pas le faire. De ne pas devenir un monstre comme mon père.

Je baissai le couteau. Mes mains tremblaient de plus en plus. Je ne savais plus quoi faire. J'étais prise au piège. Prise au piège entre mon désir de plaire à mon père et mon refus de renoncer à mon humanité.

« Je… je ne peux pas, dis-je en sanglotant. Je ne peux pas faire ça. »

Un silence glacial tomba dans le bureau. Je sentais le regard perçant de mon père posé sur moi. Je savais que j'avais commis une erreur. Une erreur irréparable. Et j'étais terrifiée par ce qui allait suivre.

Soudain, la porte du bureau s'ouvrit brutalement. Un homme entra en trombe, le visage déformé par la panique. « Monsieur Deschamps, cria-t-il, il y a un problème ! La police… ils sont là ! »

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