Retour à la Villa des Cerisiers

Retour à la Villa des Cerisiers

By ALeclerc

romance · 2026-04-23

Odette vit seule dans le manoir familial cinq ans après le départ de Gabriel. Elle est surprise par son retour inattendu. Mais une autre femme l'accompagne.

Chapitre 1

Le Goût Amère des Roses Fanées

Le bouquet de roses, autrefois d'un rouge vibrant, gisait maintenant, fané et brun, sur le marbre froid de la cheminée. Chaque pétale flétri était un reproche silencieux, un écho de la promesse brisée que Gabriel avait faite il y a cinq ans. Odette frissonna, malgré la chaleur douce du feu crépitant dans l'âtre. Le manoir familial, jadis un refuge de bonheur, était désormais une prison dorée, emplie de souvenirs douloureux. Elle inspira profondément, le parfum poudré des roses séchées lui brûlant les narines. Il était temps d'affronter le passé, même si cela signifiait rouvrir des blessures à peine cicatrisées.

Cinq ans. Cinq ans que Gabriel était parti, la laissant seule avec un cœur brisé et un héritage immense. Ils s'étaient aimés avec la passion brûlante de la jeunesse, un amour digne des romans qu'elle dévorait enfant, cachée dans la bibliothèque ancestrale. Lui, l'artiste bohème aux yeux d'azur et au sourire ravageur, et elle, l'héritière timide et réservée du domaine de Beaumont, un mariage improbable mais intense, comme un éclair dans la nuit. Leurs différences s'étaient d'abord attirées, puis les avaient inexorablement séparées. Son besoin de stabilité et son ancrage dans le domaine familial avaient fini par étouffer la soif de liberté et d'aventure de Gabriel.

Elle se souvenait encore de la violence de leur dernière dispute, des mots acérés lancés comme des poignards, des reproches amers qui avaient empoisonné leur amour. Il était parti sans un regard en arrière, la laissant seule face à la responsabilité de gérer le domaine et à la honte d'un mariage raté aux yeux de la haute société lyonnaise. Elle avait enterré son chagrin sous des montagnes de travail, se consacrant corps et âme à la gestion des vignes, des chais et de l'exploitation agricole. Le domaine de Beaumont était son refuge, sa raison d'être, la seule chose qui la rattachait encore à la terre de ses ancêtres.

Le domaine de Beaumont, niché au cœur des monts du Lyonnais, était bien plus qu'une simple exploitation viticole. C'était un héritage séculaire, un symbole de la grandeur et de la tradition française. Les vignes, plantées en terrasses sur les coteaux ensoleillés, donnaient un vin d'exception, reconnu et apprécié dans le monde entier. Le manoir, avec ses murs de pierre blonde et ses toits d'ardoise, témoignait d'une histoire riche et mouvementée, marquée par les guerres, les révolutions et les amours passionnées. Odette avait grandi entre ces murs, bercée par les histoires de ses ancêtres, les secrets murmurés par les arbres centenaires du parc et le parfum enivrant du vin en fermentation dans les caves.

Elle se dirigea vers la fenêtre, les mains jointes devant elle. La nuit était tombée sur le domaine, drapant les vignes d'un voile sombre et mystérieux. Les lumières de Lyon scintillaient au loin, comme une constellation étincelante. Elle se sentait si seule, si isolée dans ce monde de luxe et de privilèges. Les bals, les réceptions, les dîners mondains, tout cela lui paraissait si vain, si superficiel. Elle aspirait à une vie plus simple, plus authentique, à un amour véritable, débarrassé des contraintes et des attentes de son milieu.

Soudain, un bruit de gravier crissant sous les roues d'une voiture la fit sursauter. Elle plissa les yeux, essayant de distinguer la silhouette du véhicule dans l'obscurité. Une voiture noire, élégante et discrète, remontait l'allée bordée de platanes. Son cœur se mit à battre la chamade. Qui pouvait bien venir la visiter à une heure aussi tardive ? Elle n'attendait personne. Un mauvais pressentiment l'envahit. Serait-ce une mauvaise nouvelle concernant le domaine ? Un problème avec les vendanges ? Un huissier de justice ? Elle avait toujours géré le domaine avec prudence et rigueur, mais les temps étaient durs et la concurrence féroce. La pression était constante.

La voiture stoppa devant le perron. Un homme en descendit. Grand, silhouette familière, il portait un long manteau sombre qui dissimulait ses traits. Odette retint son souffle. Elle le reconnut immédiatement. Même dans l'obscurité, elle aurait reconnu sa démarche, son port de tête, l'aura de mystère et de séduction qui l'entourait. Gabriel. Son cœur manqua un battement. Qu'est-ce qu'il faisait ici, après toutes ces années ? Pourquoi revenait-il maintenant, bouleverser le fragile équilibre qu'elle avait mis tant de temps à reconstruire ?

Il s'avança lentement vers la porte d'entrée, son visage à moitié dissimulé par l'ombre de son chapeau. Il leva la main et sonna. Le son de la cloche résonna dans le silence de la nuit, comme un glas funèbre. Odette resta figée, incapable de bouger, les jambes paralysées par la peur et l'excitation. Elle savait qu'à partir de cet instant, sa vie allait basculer. Le passé était revenu la hanter, plus vivant et plus menaçant que jamais.

Elle entendit le bruit des pas de Madame Lambert, sa gouvernante dévouée, se rapprocher de la porte. Elle l'entendit ouvrir la porte et murmurer quelques mots surpris. Puis, un silence. Un silence pesant, angoissant, qui semblait durer une éternité. Enfin, la voix de Gabriel, grave et rauque, brisa le silence.

« Bonsoir, Madame Lambert. Je suis de retour. Pour voir Odette. »

Odette sentit le sang se glacer dans ses veines. Elle ferma les yeux, se préparant à affronter le tsunami émotionnel qui allait déferler sur elle. Elle savait que ce n'était que le début. Le début d'une nouvelle histoire, peut-être encore plus douloureuse que la précédente. Mais une part d'elle, enfouie au plus profond de son cœur, se réjouissait secrètement. Après tout, l'amour ne meurt jamais vraiment. Il se transforme, se cache, se réveille parfois, au moment le plus inattendu. Et peut-être, juste peut-être, était-il encore possible de recoller les morceaux brisés de leur passé.

Mais au moment où elle se préparait à descendre, elle entendit une autre voix, une voix féminine, douce et mélodieuse, répondre à Gabriel. « Gabriel, chéri, tout va bien ? Je m'inquiétais. »

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