La Rivale de l'Assemblée
Chapter 3 — L'Écho d'une Ombre Familiale
La photo. Elle était là, gravée dans le papier glacé, témoignant d'un passé qui refusait de rester enterré. Adrienne la tenait d'une main tremblante, le dossier 'Projet Oméga' ouvert sur le lit défait de sa chambre d'hôtel impersonnelle à Saint-Tropez. La femme aux côtés de Julian Devereux, jeune et rayonnante, était indubitablement sa mère. Mais plus troublant encore, le regard que Julian portait sur elle… ce n'était pas la froideur calculatrice qu'elle connaissait, mais une tendresse presque douloureuse, un écho d'une intimité qu'Adrienne n'aurait jamais imaginée. Un lien familial ? Comment était-ce possible ? Sa mère avait toujours été discrète, voilant le passé d'une main de fer. Cette découverte venait ébranler les fondations mêmes de son identité, mêlant son enquête à une histoire personnelle qu'elle ignorait.
Trois jours s'écoulèrent, trois jours de veille fébrile. Le soleil de la Côte d'Azur, d'ordinaire si vivifiant, semblait désormais lourd de secrets. Adrienne scrutait chaque information, chaque rumeur, cherchant un indice qui pourrait éclaircir ce lien soudain. Le dossier 'Projet Oméga' offrait peu, des données financières cryptiques, des noms de sociétés écrans, mais rien sur les personnalités impliquées dans le passé. Elle retourna dans son bureau d'enquête, un espace exigu mais fonctionnel, loin du luxe ostentatoire de la villa de Devereux. Elle consulta d'anciennes archives familiales, des albums photo jaunis. Sa mère, jeune, belle, mais toujours avec cette aura de mystère. Pas une seule photo avec un homme qui aurait pu ressembler à un jeune Julian. Était-ce une relation secrète ? Un amour interdit ? Ou quelque chose de plus sombre ?
Dans la ville scintillante, Julian Devereux, lui, n'était pas inactif. L'audace de la journaliste l'avait surpris, mais sa fuite avec le dossier 'Projet Oméga' le mettait hors de lui. Il savait qu'elle n'était pas une simple curieuse. Il avait senti quelque chose en elle, une détermination qui résonnait étrangement avec son propre passé. Alors qu'il sirotait un whisky dans son bureau luxueux, ses pensées tournèrent vers la photo, vers ce souvenir qui la liait à lui. Le 'Projet Oméga' n'était pas seulement une affaire de finances ; il était intrinsèquement lié à cette période de sa vie, une période qu'il avait tenté d'oublier. Il fit un signe à son assistant, un homme taciturne nommé Antoine. "Retrouvez tout sur la famille Bernard. Et je veux savoir où se cache la journaliste, Adrienne Bernard, en ce moment même."
Adrienne, quant à elle, décida de prendre un risque calculé. Elle avait besoin de plus, d'une confirmation directe. Elle savait que Julian Devereux était un homme de pouvoir, mais aussi un homme qui, selon les rumeurs, gardait rancune. Pénétrer à nouveau dans son domaine serait une folie, mais elle ne pouvait plus reculer. Elle se rappela avoir vu une petite annexe, un atelier d'artiste, lors de sa précédente intrusion. Peut-être y trouverait-elle quelque chose de plus personnel, un indice sur sa relation avec sa mère.
Elle attendit la tombée de la nuit, l'obscurité étant sa meilleure alliée. Habillée de noir, elle se glissa le long des murs de la propriété Devereux, le cœur battant la chamade. Le bruit des vagues et le chant des cigales étaient les seuls témoins de sa progression. Elle atteignit l'annexe, une petite bâtisse de pierre recouverte de lierre. La porte était déverrouillée. À l'intérieur, l'odeur de peinture à l'huile et de térébenthine flottait dans l'air. Des toiles inachevées étaient appuyées contre les murs, des paysages marins d'une beauté mélancolique. Au centre de la pièce, un chevalet tenait une toile fraîchement peinte. Intriguée, Adrienne s'approcha. Ce n'était pas un paysage. C'était un portrait. Le portrait de sa mère, saisie dans un moment de vulnérabilité, les yeux tournés vers le lointain. Mais ce qui la glaça d'effroi, c'est la signature au bas du tableau : "Pour mon étoile, J."
Soudain, une voix grave résonna derrière elle, coupant la quiétude de la nuit. "Vous n'auriez pas dû revenir, Adrienne."