La Clé de la Chambre Interdite
Chapter 3 — L'Étreinte Fragile du Passé
La poussière de pigments dans l'air de l'atelier de Mathilde semblait soudain figée, suspendue par le souffle coupé de trois âmes. Sébastien. Le nom résonnait dans le silence, une note discordante dans la mélodie douce-amère de son refuge. Ses yeux, autrefois pleins de la lumière espiègle qu'elle chérissait, étaient maintenant marqués par un passage dont elle ignorait tout. Il se tenait là, entre elle et Gabriel, une silhouette fantomatique revenue de l'oubli.
Gabriel recula instinctivement, sa main quittant l'épaule de Mathilde comme s'il avait été brûlé. Ses yeux sombres, habituellement si intenses lorsqu'ils la fixaient, étaient maintenant remplis d'une interrogation muette, un mélange de surprise et d'une pointe de méfiance. La tension dans la pièce était palpable, lourde de non-dits et de souvenirs qui refaisaient surface avec la violence d'une marée montante.
« Sébastien ? » murmura Mathilde, sa voix à peine audible, un murmure qui portait le poids des années de deuil et de l'espoir secret qu'elle avait cru éteint. Elle fit un pas hésitant vers lui, comme attirée par une force invisible, puis s'arrêta, la réalité de sa présence la frappant de plein fouet. Cet homme, qu'elle avait pleuré, qui avait hanté ses rêves les plus sombres, était devant elle. Vivant.
Sébastien ne répondit pas immédiatement. Il la dévisagea, ses lèvres formant un léger sourire triste. « Mathilde… Tu n'as pas changé. Toujours dans ta bulle de couleurs. » Sa voix était plus grave qu'elle ne s'en souvenait, empreinte d'une lassitude qui serra le cœur de Mathilde. Il jeta un regard rapide à Gabriel, un regard qui n'échappa pas à l'artiste. Un regard qui disait : 'Qui est cet intrus ?'
« Gabriel, » commença Mathilde, tentant de rétablir un semblant de normalité dans cette scène surréaliste, « c'est Sébastien de Fontaine. » Elle s'interrompit, réalisant l'absurdité de la présentation. Comment expliquer l'inexplicable ? « Sébastien, voici Gabriel Dubois, un ami. »
Gabriel s'avança, sa posture retrouvant une certaine assurance, bien qu'une ombre d'inquiétude persistait dans ses yeux. Il tendit la main à Sébastien. « Enchanté. On dirait que vous avez une histoire commune. » Son ton était poli, mais son regard sondait Sébastien, cherchant à percer le mystère de son retour.
Sébastien ignora la main tendue. Il se concentra uniquement sur Mathilde. « Une histoire commune… Oui, on peut dire ça. » Il fit un pas de plus, se rapprochant d'elle, son regard intense. « Mathilde, il faut qu'on parle. Loin d'ici. »
Le cœur de Mathilde se serra. L'atmosphère était devenue électrique. Gabriel la regardait, son expression indéchiffrable. Le devoir, le mariage arrangé avec Aurélien, son amour naissant pour Gabriel, et maintenant, le fantôme de son passé, vivant et réclamant son attention. Les fils du destin s'entremêlaient et se tordaient, créant un nœud de plus en plus serré autour d'elle.
« Je… je ne sais pas, Sébastien, » bégaya-t-elle, se sentant prise au piège. « C'est… compliqué. »
« Complication ? » répéta Sébastien, un rire sec lui échappant. « Crois-moi, Mathilde, ce que tu vis maintenant n'est rien comparé à ce qui t'attend si tu restes aveugle. Aurélien… ton père… ils ne sont pas ce qu'ils prétendent être. »
Les mots de Sébastien la frappèrent comme des coups de poing. Son père ? Aurélien ? L'ambitieux et froid fiancé dont elle portait le nom comme une chaîne ? Gabriel se plaça subtilement entre Mathilde et Sébastien, une barrière silencieuse mais ferme. « Je crois que vous devriez partir, Monsieur de Fontaine. Mathilde n'est pas en état de discuter. »
Sébastien fixa Gabriel, puis Mathilde. Ses yeux s'adoucirent légèrement en la regardant, une lueur de douleur trahissant ses paroles dures. « Tu as raison, Mathilde. Pas ici. Mais sache ceci : ce mariage arrangé est une mascarade. Et je suis revenu pour révéler la vérité. Peu importe le prix. » Il fit un pas en arrière, son regard glissant une dernière fois sur Gabriel, un avertissement silencieux. Puis, il se tourna et sortit de l'atelier, disparaissant aussi mystérieusement qu'il était apparu, laissant derrière lui un sillage de chaos et de doutes.
Le silence retomba, plus lourd qu'auparavant. Mathilde regarda la porte, le souffle court. Gabriel se tourna vers elle, son visage empreint d'une inquiétude nouvelle. Il s'approcha, hésitant. « Mathilde, qu'est-ce que tout cela signifie ? Qui est cet homme ? »
Elle leva les yeux vers lui, ses propres yeux emplis de larmes et de confusion. « Il… il est mon premier amour, Gabriel. Celui que tout le monde croyait mort. Et il vient de dire que mon mariage est un mensonge. »
À cet instant, le téléphone de Mathilde sonna, brisant la tension. Un numéro inconnu s'afficha. Hésitante, elle décrocha. Une voix calme, mais autoritaire, résonna à l'autre bout. « Mademoiselle Blanchard ? C'est Aurélien de Fontaine. J'ai appris que votre… ancien ami… était de retour. Il serait bon que nous nous rencontrions pour discuter de la situation. Je suis actuellement à l'extérieur de votre atelier. »
Mathilde sentit le sol se dérober sous ses pieds. Aurélien. Ici. Maintenant. Les mots de Sébastien sur les mensonges et les mascarades lui revinrent en pleine tête. Allait-elle affronter celui qu'elle devait épouser, celui dont le frère venait de réapparaître, ou fuir cette réalité cauchemardesque ? La porte de l'atelier s'ouvrit brusquement, révélant la silhouette imposante d'Aurélien, son regard froid planté sur elle, puis sur Gabriel.