Le Serment des Lavandes

Chapter 3 — Le Murmure des Pétales Écarlates

Les doigts de Gisèle tremblaient alors qu'elle agrippait la boîte en bois sculpté. Elle était tiède sous son effleurement, une chaleur étrange qui contrastait avec le froid glacial qui s'était emparé de son cœur. Madame Dubois avait disparu aussi vite qu'elle était apparue, la laissant seule au milieu des parterres de roses, le cœur battant la chamade. Où était Gabriel ? La fiole de parfum mortel, cette menace tangible, flottait encore dans l'air chargé des effluves sucrés des fleurs. Quentin avait été si calme, sa cruauté d'autant plus terrifiante qu'elle était voilée par un sourire. Elle l'avait trompé, lui avait promis de se débarrasser du poison, mais ce n'était qu'un subterfuge. Un jeu dangereux qui lui donnait quelques heures, peut-être moins, pour trouver Gabriel et fuir loin de cet enfer doré.

Elle se faufila entre les rosiers, ignorant les épines qui griffaient ses mains gantées. Chaque ombre semblait dissimuler une menace, chaque bruissement de feuille un murmure d'avertissement. Ses yeux balayaient fébrilement les alentours, cherchant le moindre signe de vie, le moindre indice de la présence de Gabriel. La serre, lieu de leurs étreintes volées, lui semblait désormais souillée, hantée par le spectre de la trahison de Quentin. Elle devait le trouver, avant que Quentin ne le trouve. La pensée du poison, de ce liquide sombre et mortel, lui glaçait le sang. Que ferait Quentin s'il retrouvait Gabriel ? La jalousie qui brillait dans ses yeux était une promesse de représailles terribles.

Elle se souvint de leur cabane secrète, dissimulée derrière la cascade artificielle au fond des jardins. C'était leur refuge, le seul endroit où ils se sentaient en sécurité. Elle s'y précipita, le cœur lourd d'appréhension. Le chemin était escarpé, serpentant à travers un bosquet de cyprès sombres qui absorbaient la lumière du soleil. L'air y était plus frais, chargé de l'odeur de la terre humide et des aiguilles de pin. Elle déboucha sur une petite clairière, la cascade tombant en un rideau argenté dans un bassin d'eau claire. La cabane, construite de bois flotté et recouverte de mousse, était juste derrière. Une fumée légère s'élevait de son minuscule conduit de cheminée.

Un espoir fou naquit en elle. Gabriel était là. Il était en sécurité. Elle se mit à courir, ignorant le bruit qu'elle faisait, son nom s'échappant de ses lèvres dans un souffle haletant. "Gabriel ! Gabriel, c'est moi !"

Elle écarta le rideau de lierre qui faisait office de porte et entra. La pièce était petite, chaleureuse, éclairée par une lanterne à l'huile dont la flamme dansait doucement. Une couverture était jetée sur un lit rudimentaire, et une tasse de tisane fumait sur une petite table. Gabriel était assis près du feu, tourné vers elle, mais quelque chose n'allait pas. Sa posture était raide, ses épaules voûtées. Il ne se retourna pas complètement. Gisèle s'arrêta net, le souffle coupé.

Sur la table, à côté de la tasse, reposait une autre fiole. Plus petite, plus discrète que celle de Quentin, mais son contenu semblait étrangement familier. Un liquide ambré, épais, qui captait la lumière de la lanterne comme un œil liquide. Et sur le sol, à ses pieds, une autre boîte en bois sculpté, identique à celle que Madame Dubois lui avait remise, mais ouverte. Vide.

"Gabriel ?" murmura-t-elle, sa voix tremblante d'une peur nouvelle et insidieuse. Les murmures des pétales écarlates semblaient s'éteindre, remplacés par le grondement sourd de son propre sang dans ses oreilles. Elle avança d'un pas hésitant, le regard rivé sur la silhouette immobile de Gabriel. La fumée de la cheminée formait des volutes inquiétantes, et le silence s'épaississait, chargé d'une attente insoutenable. Qu'avait-il fait ? Et qu'est-ce que cette fiole ?

Soudain, Gabriel leva lentement la tête. Ses yeux, habituellement si pleins de tendresse et de passion, étaient ternes, voilés d'une tristesse abyssale. Il ne la regardait pas vraiment. Il regardait à travers elle. Et dans son regard, elle vit le reflet d'une vérité qu'elle ne voulait pas encore accepter.

"Ils m'ont dit..." commença-t-il d'une voix rauque, à peine audible. "...qu'il fallait que je boive."

Son regard tomba sur la fiole sur la table. Puis, il le remonta vers elle, un éclat de désespoir dans ses yeux.

"Pour que tu sois libre, Gisèle."

La cabane sembla basculer. Le monde se déroba sous ses pieds. La fiole. La boîte. Les mots de Gabriel. Tout s'emboîta dans une image terrifiante. Quentin n'avait pas seulement menacé Gabriel. Il avait mis en œuvre son plan. Le poison n'était pas pour elle. Il était destiné à Gabriel, administré par la main même de celui qui prétendait l'aimer. La trahison était plus profonde, plus cruelle qu'elle ne l'avait jamais imaginé. La boîte. C'était la clé. Quentin avait utilisé la gouvernante pour lui donner la boîte vide, sachant qu'elle chercherait Gabriel, sachant qu'elle trouverait la fiole qu'il avait laissée là. Il l'avait manipulée depuis le début. Elle était tombée dans son piège, un piège dont elle ne voyait pas l'issue. Gabriel avait bu. Elle était libre. Libre pour épouser Quentin.