La Marque du Parrain
Chapter 3 — L'Ombre des Promesses Brisées
Le souffle d'Amélie se bloqua dans sa gorge. Les mots de son père résonnaient dans l'entrepôt désert, chaque syllabe chargée de l'autorité qu'elle connaissait si bien, mais aussi d'une froideur nouvelle. Damien de Gervais se tenait entre elle et la sortie, son regard intense fixé sur sa fille, puis glissant vers Nathalie, une ombre familière ressuscitée. L'air vibrait d'une tension palpable, un mélange de peur, de colère et de confusion.
« Amélie, ma fille. Viens ici. » La voix de Damien était ferme, mais une légère inflexion trahissait une lutte intérieure. Il ne regardait pas Nathalie directement, comme s'il craignait que fixer la femme qui avait simulé sa propre mort ne la fasse disparaître à nouveau.
Nathalie fit un pas en avant, se plaçant légèrement devant Amélie. Un sourire fin, presque imperceptible, étira ses lèvres. « Damien. Toujours aussi théâtral. Penses-tu vraiment que tu peux encore donner des ordres ? » Son ton était doux, mais chaque mot était une lame aiguisée.
Amélie se sentait prise entre deux feux, deux mondes qui s'entrechoquaient violemment. D'un côté, son père, la figure d'autorité qu'elle avait toujours respectée, même crainte. De l'autre, sa mère, la femme qu'elle avait pleurée, maintenant une étrangère calculatrice, une survivante qui avait joué avec le destin. Julien, libéré mais toujours prisonnier de la situation, observait avec une prudence calculée, prêt à réagir mais attendant le bon moment.
« Les ordres ? » Damien ricana, un son sec et sans joie. « Je ne donne pas d'ordres, Nathalie. Je réclame ce qui m'appartient. Ma fille. » Ses yeux se posèrent sur Amélie, une supplique muette dans leur profondeur.
« Elle ne t'appartient plus, Damien. » La voix de Nathalie était devenue glaciale. « Elle est à moi maintenant. Et tu ne m'as laissé d'autre choix que de réapparaître. Tu as voulu nous enterrer toutes les deux. »
Un frisson parcourut Amélie. Elle avait entendu des murmures, des rumeurs sur la cruauté de son père, mais jamais elle n'avait imaginé qu'il serait capable de… « Papa, qu'est-ce qu'elle raconte ? » demanda Amélie, sa voix tremblante.
Damien détourna le regard de Nathalie, son visage se durcissant. « Ne l'écoute pas, Amélie. Elle te manipule, comme elle m'a manipulé pendant toutes ces années. Elle a toujours été une… » Il hésita, cherchant le mot juste, un mot qui ne briserait pas complètement l'image de la mère qu'Amélie avait chérie. « …une femme dangereuse. »
« Dangereuse ? » Nathalie rit doucement, un son qui glaça le sang d'Amélie. « C'est toi qui as joué avec le feu, Damien. En pensant pouvoir me contrôler. En pensant pouvoir contrôler tout le monde. Mais le feu finit toujours par consumer celui qui le tient. » Elle fit un signe de tête à Julien. « Julien, mon cher. Occupe-toi de l'entourage. Discrètement. »
Julien acquiesça et se glissa dans les ombres de l'entrepôt, ses mouvements silencieux et efficaces. Amélie le regarda partir, une pointe d'inquiétude dans le cœur, mais elle savait qu'il était leur seule chance.
Damien sentit la menace se rapprocher. Il jeta un regard vers les issues, puis vers Nathalie. « Tu ne peux pas fuir éternellement, Nathalie. Tu es une de Gervais, quoi que tu fasses. »
« Et toi, tu es un idiot de croire que ce nom a encore du pouvoir. » Nathalie sortit une petite arme dissimulée dans sa manche. Elle ne la pointa pas sur Damien, mais la tenait à la main, un avertissement clair. « Maintenant, laisse-nous partir. Ou je serai obligée de te rappeler pourquoi tu aurais dû me laisser mourir en paix. »
Le visage de Damien se décomposa, passant de la fureur à une sorte de stupeur horrifiée. Le regard qu'il lança à sa femme, puis à sa fille, était rempli de trahison et de désespoir. Il avait toujours été celui qui contrôlait, celui qui dictait les règles. Être ainsi mis au pied du mur par la femme qu'il croyait avoir éliminée était une humiliation insupportable.
Amélie sentit la panique monter. Elle ne voulait pas être au milieu de cette guerre, de ces mensonges. Elle regarda sa mère, cette femme qu'elle ne reconnaissait plus, et son père, dont le visage trahissait une douleur profonde. Soudain, elle comprit que peu importait qui gagnerait cette confrontation, c'était elle qui perdrait tout. Elle devait choisir, et vite.
« Maman… » commença Amélie, sa voix presque inaudible.
Mais avant qu'elle ne puisse prononcer un mot de plus, un bruit sourd retentit à l'extérieur, suivi de cris étouffés. Julien avait peut-être été trop lent, ou peut-être que Damien avait plus d'hommes qu'ils ne le pensaient. Le chaos éclata autour d'eux. Damien profita de la diversion pour se jeter sur Nathalie, une tentative désespérée de reprendre le contrôle.
Amélie recula, regardant la scène se dérouler avec une horreur grandissante. Elle entendit sa mère crier son nom, puis le sien, résonnant dans l'obscurité de l'entrepôt, un appel déchirant qui la glaça sur place. Puis, une détonation retentit, assourdissante. La lumière vacilla, et dans la pénombre qui s'épaississait, Amélie vit une silhouette tomber lourdement au sol. Elle ne pouvait pas distinguer laquelle de ses deux figures parentales s'effondrait dans la poussière.